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Les Souvenirs de Kiki [1] (16ème épisode)

Publié le par Mememad


LES SOUVENIRS DE KIKI [1] 1929

Kiki est partie se reposer à Châtillon. Man Ray raconte :
 « Je reçus un pli volumineux. C'était le récit de son enfance [...].
Je la poussai à poursuivre [...]. Ce serait ses Mémoires et nous les ferions publier. »

Selon lui, Kiki aurait commencé à rédiger ses Mémoires en allant voir sa grand-mère à Châtillon. Or sa grand-mère est morte en 1924, ce qui voudrait dire que Kiki aurait mis quatre ou cinq ans à mener à bien son récit. Pourtant, comme une grande partie du texte évoque son enfance, il a pu être déclenché par un voyage en Bourgogne.
Kiki, qui était restée très attachée à sa famille, allait très souvent à Châtillon.
Treize s’y rendit avec elle et, une fois, Man Ray l'accompagna.
Madeleine, la cousine de Kiki, se maria en 1924 et elle eut en 1928  une fille affligée d'un pied bot. Lorsque Kiki vit l'enfant, elle insista pour que Madeleine vienne la faire opérer à Paris. Celle-ci passa avec la petite Andrée huit mois et demi chez Marie Prin, où Kiki leur rendit visite à plusieurs reprises.

En réalité, c'est Henri Broca qui l'encourage et publie les premiers chapitres dans le numéro d'avril 1929 de Paris-Montparnasse :
Kiki a écrit des Mémoires [...] qui paraîtront prochainement aux Éditions de Paris-Montparnasse ", claironne le journal. 

Broca, par Kiki, apparaît dans Souvenirs

Le livre comprenait également des reproductions de vingt tableaux exécutés par Kiki, des photographies de Kiki par Man Ray, des portraits, d'elle par Kisling, Fujita, Hermine David, Tono Salazar, Per Krohg et Mayo, ainsi que des dessins au trait de Kiki pour illustrer certains passages de ses Mémoires.

Kiki, par Foujita, reproduit dans son livre.

Le 24 avril, Kiki signe un contrat : Broca publiera son manuscrit intitulé Kiki, avec deux cents exemplaires en édition de luxe numérotée et une édition normale.
Les frais de publication et la publicité seront payés par les premières ventes.
Ensuite, Kiki et Broca partageront les bénéfices.
Le 25 juin, Broca organise une signature au Falstaff - où règne à présent Jimmie Charters :
 « Au son des bouchons de champagne, Kiki [...] signe son livre », rapporte Paris-Montparnasse.

La signature des Souvenirs de Kiki eut lieu au Falstaff le 27 juin 1929.
Treize tient la maquette de l’ouvrage et une poignée de billets, correspondant aux commandes du livre.
Broca est à sa gauche et à droit, Youki.

 
Dans le même numéro (n°6, 15 juillet 1929), Broca signalait également que l'édition de luxe, l'une valeur de cent francs, était presque épuisée. L'édition normale, pour trente francs, se vendait bien et plusieurs traductions étaient en cours. Bien que le livre ne fut pas disponible le jour de la signature au Falstaff, l’évènement fut dûment célébré autour d'une maquuette du livre et des photographies furent prises.

Bien que le livre ne soit pas encore sorti, Kiki pose pour une photo publicitaire, où elle fait semblant de signer.
A sa gauche, Henri Broca. Caridad est derrière Kiki, à droite.


Une autre signature a lieu à la librairie d'Edouard Loewy le 26 octobre :
 « Kiki embrassait tous les visiteurs, samedi soir, signale le Paris Tribune.
 
La queue a commencé à se faire vers les neuf heures, devant une librairie du boulevard Raspail. Lorsque la nouvelle se répandit dans le quartier que, pour trente francs, on pouvait avoir un exemplaire des Souvenirs de Kiki, un autographe et un baiser par-dessus le marché, les hommes oublièrent leur demi, leurs rendez-vous et leur dignité pour trottiner jusque-là. »
En novembre, il y eut une fête au Club du Faubourg.
 Kiki remercia le public pour l'accueil chaleureux qu'il avait réservé a son livre et à elle-même, et Broca lut des extraits choisis de ses Souvenirs.

Edward Titus, qui vient de publier l'édition française de L'Amant de Lady Chatterley, de D. H. Lawrence, demande au journaliste américain Samuel Putnam d'assurer la traduction anglaise
Samuel Putnam était journaliste et traducteur. Il avait collaboré au journal de Titus, "This Quarter" et traduit "Les Enfants terribles", de Cocteau, "Sur la rivière amour" de Joseph Delteil, et Le "Désert de l'amour", de François Mauriac, ainsi que des oeuvres de Rabelais.

« C'est un crime de traduire cela », s'insurge Hemingway dans son introduction, qu'il écrit par amitié pour Kiki.
« Le problème n'est pas de traduire le texte de Kiki, mais de traduire Kiki », répond Putnam astucieusement dans sa préface.
Titus, pour ne pas être en reste, s'arroge le mérite d'avoir conseillé à Kiki d'écrire ses Mémoires. Il gourmande Hemingway et Putnam qui “nous serinent des balivernes" et félicite le traducteur pour son travail.
Cet « échange » fut publié dans l'édition anglaise des Souvenirs de Kiki, à la suite de l'introduction d’Hemingway.

Toute traduction est impossible, convenait Putnam d'entrée de jeu. Pour traduire Kiki [...] il faut sentir Kiki, sentir le café du Dôme à cinq heures par un petit matin pluvieux, flou, baignant dans l'alcool. Encore que cela ne suffise pas. Cela ne reflète pas la réalité. C'est injuste pour Kiki. Ce qu'il faut, c'est sentir une sainte Thérèse, qui se matérialiserait soudain au Dôme, car Kiki est plus proche de sainte Thérèse que personne. C'est pourquoi je suis fier d'être son saint Jérôme. Que Dieu et Kiki me pardonnent ! Et puis, peut-être, M. Hemingway me pardonnera-t-il aussi.

Titus, dans sa « Note de l'éditeur » de Kiki’ Mémoirs, expose les difficultés rencontrées par saint Jérôme lorsqu'il traduisit la Bible en latin. En outre, ajoutait-il, comme saint Jérôme avait une soeur qui s'était égarée, mais qu'il avait sauvée, « il aurait sans doute aimé les Souvenirs de Kiki [...]. Il aurait surtout aimé la traduction anglaise de Putnam et ne se serait pas gêné pour le dire [...] le temps et l'espace le mettant à l'abri de toute menace provenant du vieux rafiot d'Ernest Hemingway et de son bras vengeur ».
Titus était un inconditionnel de Kiki et de ses œuvres. Plusieurs tableaux [de Kiki] décorent sa librairie, qui se trouve juste à côté du Dôme.

 Directeur de la maison d'édition Random House, Bennett Cerf est de passage à Paris en juin 1930. Le livre l'intéresse.
En juin, Titus et Bennett Cerf établissaient un contrat pour publier une édition américaine sous le label de Random House, mais Cerf dut quitter Paris avant qu'ils ne soient parvenus à un accord. Titus avait déjà publié séparément l'introduction d'Hemingway, dans une petite brochure intitulée :"Ernest Hemingway, Introduction To  Kiki of Montparnasse", avec la mention : «  New York, 1929, Edward W. Titus, At the Sign of The Black Manikin », ces indications visant sans doute à protéger ses droits.

Début juillet, Bennett Cerf en commande cent cinquante exemplaires à deux dollars pièce, que Titus lui expédie promptement le 22 juillet.
Mais la réputation de Kiki l'a précédée. Le 22 août, Cerf écrit à Titus
“Comme nous avions tout lieu de le craindre, la cargaison de Kiki's Memoirs est retenue en douane.”
Il demande à Titus d'envoyer l'ouvrage par paquets de quinze, déclarés moins de cent dollars, à dix personnes de chez Random House, dont il donne dans sa lettre le nom et l'adresse.

« Nous apprenons que 300 [sic] exemplaires de la traduction de Kiki par Samuel Putnam ont été saisis à New York, commentait Wambly Bald dans le numéro du 9 septembre du Paris Tribune. La reine du village a appris cette mauvaise nouvelle alors qu'elle partageait un biscuit avec son petit Péky à la terrasse de la Coupole. Laconique, elle a répliqué avec ce haussement d'épaules qui lui est naturel : « Je ne vais pas me faire suer pour ça ».

Après la signature au Falstaff, tous les amis de Kiki se bousculent au bar de la Coupole, où la fête continue.
De gauche à droite, Hermine David, Charlotte Gardel, Broca, Marie Laurencin, derrière elle, Jacqueline, Foujita,
Per Krohg et Kisling. Treize est au fond, derrière le chapeau de Foujita.

A suivre...

Les textes sont entèrement inspirés de Billy Klüver & Julie Martin & Kiki de Montparnasse.

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françoise taillandier 16/05/2013 21:23


erreur dans mon adresse mail . C'est :


francoisetaillandier@wanadoo.fr

taillandier françoise 16/05/2013 21:21


à mememad,


je viens de lire votre réponse. merci beaucoup.Venez à Clamart le 23 mai ! Votre avis sur notre récit-spectacle me sea très précieux.L'autrement-Bon est le restaurant-cabaret situé dans le
centre culturel Jean Arp. C'est un lieu très sympathique. On peut y dîner à partir de 19h30. Pendant le spectacle de KIKI le service sera interrompu.  


Vous pouvez voir les infos de notre futur spectacle KIKI sur www.lematoukitouss.fr et vous pouvez me joindre sur : francoietallandier@wanadoo.fr


A bientôt.

taillandier françoise 16/05/2013 17:03


Bonjour. bravo pour ce feuilleton qui met très bien en valeur les épisodes les plus marquants de la vie de KIKI.


Je vous rappelle que j'ai "monté" un récit-spectacle musical "KIKI de MONTPARNASSE", d'après les "Souvenirs retrouvés" de Kiki, qui sera donné pour la première fois à Clamart le 23 mai prochain
et ensuite au théâtre de la Vieille Grille à Paris les 28 juin et 3 juillet 2013. Si vous souhaitez venir, merci de me faire signe. A bientôt.

Mememad 16/05/2013 20:02



Bonjour,


Je suis très touchée par votre geste. Habitant Meudon, je vais plutôt tenter de vous rendre
une visite le 23 à Clamart mais je ne peux pas vous le promettre aujourd'hui. A bientôt donc j'espère... Cordialement.



taillandier françoise 06/05/2013 16:34


Bonjour.
J'ai le grand plaisir - comme suite à un premier message envoyé en février dernier - de vous informer que mon projet de récit-spectacle "KIKI de Montparnasse" tiré des "souvenirs
rerouvés" est sur le point d'aboutir.
La première représentation est prévue le 23 mai.Deux autres les 28 juin et 3 juillet (théâtre de La Vieille Grille à Paris).


Je vous y invite. (voir toutes les infos sur le site : www.lematoukitouss.fr)


Merci de me faire signe si vous comptez venir.


Bien cordialement,


Françoise Taillandier


 

ISABELLE 19/12/2008 22:12

bonjour, je suis "emballée" par votre blog sur Kiki.Je pense que je possède un tableau de Kiki, Je souhaite connaître les livres qui parlent et recencent sa peinture. Existe-t -il un club de collectionneurs par exemple ? Avez-vous une idée de la valeur de ses tableaux ?
Merci de votre réponse et bonne soirée. Cdt Isabelle